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- An artistic and cultural building protect of Barthelemy Toguo in Bandjoun, Cameroon. Un chantier artistique et culturel de Barthélémy Toguo à Bandjoun, Cameroun
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Léa Gauthier
Bandjoun Station, Cameroun
Entretien avec Barthélemy Toguo
Paris, Mouvement, juin 2006
     

L'artiste Barthélémy Toguo revient dans son pays natal pour créer un centre d'art, lieu d'échanges, de création pluridisciplinaire et internationale. Un projet ambitieux et politiquement audacieux.

Vous êtes en train de créer un centre d'art au Cameroun, Bandjoun Station, dont l'ouverture est prévue en 2007. A quelle nécessité répond cette initiative ?
« Bandjoun Station est une réponse au manque des projets culturels sur le continent. De plus, c'est principalement l'Occident qui montre la création africaine contemporaine et qui porte son regard sur la production. J'ai eu envie de construire un lieu d'échange et de vie où les artistes internationaux pourraient venir travailler et exposer.

Comment s'inscrit ce projet dans votre démarche artistique ?
« Je développe mon travail, ici, à Paris, dans mon atelier. J'essaie de le montrer le plus possible, je voyage dans le monde entier. Mon travail n'est pas une revendication de mon “africanité”. Ce que je fais a une valeur universelle, c'est un regard sur la société contemporaine en général. Cela dit, lorsque l'on m'a invité à participer à l'expositionAfrica Remix, que l'on a pu récemment voir au Centre Pompidou, j'ai accepté... comme dans un match de football, j'ai porté les couleurs de l'Afrique, je n'ai pas de raison de renier mes origines, même s'il est réducteur de parler de scène artistique à l'échelle d'un continent. Je veux créer ce projet pour promouvoir l'art pluridisciplinaire d'artistes internationaux en Afrique. Je désire constituer une collection d'oeuvres à travers des échanges avec les artistes africains, mais aussi avec des artistes internationaux, car il est important d'éviter un effet de ghetto.

Vous êtes né au Cameroun et vous menez aujourd'hui une carrière artistique internationale. Quel parcours avez-vous suivi ?
« La ville dans laquelle j'ai grandi, Mbalmayo, dans le centre du pays, près de Yaoundé, la capitale, était très commerciale. On y vendait du cacao, du café et des arbres. J'étais fasciné par les échanges de marchandises qui se déroulaient devant mes yeux, sur les différents marchés, et par les immenses camions, les “monstres” comme on les appelle là-bas. Alors, très tôt, j'ai illustré ces scènes colorées et mouvementées dans mon cahier. J'ai découvert à ce moment-là le travail de grands artistes comme Goya, Rubens et Ingres. Après mes études secondaires, il était clair que je ne voulais pas entrer dans la fonction publique. En 1989, j'ai décidé de quitter le Cameroun pour aller à l'Ecole des beaux-arts d'Abidjan, en Côte-d'Ivoire.
Après quatre années où j'ai passé mon temps à faire des “copies de copies” de sculptures de l'époque classique, j'ai atterri à Grenoble ; c'était en 1993, et là, j'ai vraiment eu un choc. Il n'y avait pratiquement pas d'enseignement de technique. L'étudiant autonome disposait d'une grande liberté d'utilisation des différents médias. Quelques années après, j'ai obtenu une bourse à la Kunstakademie de Düssel-dorf. Là, j'ai pu apprendre le “réalisme allemand”. En un mot : penser, concrétiser et matérialiser une idée dans toutes ses dimensions plastique, esthétique, intellectuelle...

Quel est le contexte artistique dans lequel Bandjoun Station voit le jour ?
« En Afrique, il n'existe pas beaucoup de structures permettant à de jeunes artistes de développer leur réflexion et leur travail artistiques. Il n'y a pas d'école d'art au Cameroun. Ici et là, quelques associations d'artistes ont vu le jour, mais elles ne sont pas du tout soutenues. Les gouvernements ont sans doute d'autres priorités. Je voudrais utiliser mon domaine de compétences, le mettre aux services des autres, montrer que des choses sont tout de même possibles. Des artistes camerounais ayant quitté le pays existent aujourd'hui sur la scène internationale, et ils peuvent, je crois, servir de modèles pour les jeunes générations, impulser une énergie, donner un espoir.

Avez-vous bénéficié de soutiens économiques et/ou politiques camerounais ou internationaux ?
« Il m'importait de construire ce centre d'art en toute indépendance, avec mes propres moyens. Je ne bénéficie d'aucune aide, mais c'est un choix délibéré. J'espère que la réalisation de Bandjoun Station, situé à l'ouest du pays, dans les hauts plateaux, va motiver la jeune génération de la diaspora africaine pour qu'elle impulse d'autres projets, dans différents domaines (agricole, médical, économique, social, etc.).

Comment avez-vous pensé l'architecture de ce lieu ?
« Le bâtiment est inspiré par l'architecture traditionnelle locale. Il y a cinq piliers porteurs, la toiture a l'apparence d'une double pyramide avec un pignon à dix mètres de haut. Je souhaite avant tout que ce lieu soit vivant, que les gens s'y sentent bien. Le bâtiment comporte cinq niveaux de 120 m2 chacun, sa hauteur totale est de vingt-sept mètres. Une salle de conférence, au sous-sol, permettra des débats. Le rez-de-chaussée abritera une bibliothèque et un bar ouverts à tous pour stimuler l'envie de culture, l'échange et l'ouverture d'esprit. Au premier étage se tiendra une salle d'expositions temporaires, au deuxième étage une autre salle d'expositions temporaires, et la collection permanente sera exposée au troisième niveau. La cour, elle, sera conçue comme une salle de spectacles à ciel ouvert, et à côté, un bâtiment abritera des ateliers logements.

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